Umberto Agnelli — m’a raconté Giugiaro lors d’un entretien en 2003 — n’était pas du tout un fan de la Delta, à cause de la pureté de ses lignes : il n’arrêtait pas de la comparer à la Ritmo qui, avec ses boucliers au dessin choquant, était à son avis bien plus moderne. Ce qui est indéniable c’est que par rapport à l’autre compacte à traction avant dévoilée elle aussi à Francfort, à savoir l’Opel Kadett D, la Delta est très nettement plus chic.
La gamme initiale se compose de trois modèles : 1300 4 rapports, 1300 5 rapports et 1500 (5 rapports uniquement). L’élément qui permet d’identifier la 4 rapports des autres est l’absence de l’essuie-glace arrière, qui peut par ailleurs être commandé en option, et une monte pneumatique en 145-13 en lieu des 165-13 des autres modèles. Les nuances marron, marron métallisé et beige ne sont pas disponibles sur la plus accessible des Delta, qui a également des tapis de sol plus fins (en tissu bouclé au lieu qu’en moquette) et offre une montre analogique en lieu et place du compte-tours des autres versions, lesquelles sont dotées d’une montre digitale située au-dessus du rétroviseur intérieur. Les objectifs de Lancia sont très ambitieux puisqu’il est prévu de produire au moins 70 000 voitures par an, ce qui permettra à la marque une croissance de 45 %. La conquête du tant convoité prix de Voiture de l’Année pour 1980 (c’est la première fois que Lancia le remporte, et ce sera aussi la dernière) représente le meilleur viatique pour une carrière qui s’annonce prometteuse : la production passe de 150 unités par jour au cours des derniers mois de 1979 à 380 dans le courant de l’année 1980. Il faut épauler l’usine Lancia de Chivasso par celle du Lingotto, jusqu’à la fin de l’exploitation de cette dernière (en février 1982). Malgré cela, une fois passée commande, les clients doivent patienter au moins quatre mois pour prendre possession de leur voiture. Et surtout, 70 % des clients commandant une Delta n’a jamais possédé de Lancia avant…
Texte Marco Visani – Photos Domenico Fuggiano